Salon de l’agriculture 2016 : en pleine crise agricole, l’INRA axe ses rencontres scientifiques autour du rapport très controversé "Agriculture Innovation 2025" qui propose comme seule voie de progrès la fuite en avant technologique

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Dans ce communiqué, la branche INRA du syndicat cible les rencontres scientifiques organisées par la Direction de l’Institut à l’occasion du Salon de l’agriculture 2016.

L’occasion de revenir sur la critique du syndicat au rapport #AgricultureInnovation2025, qui risque de tuer le concept même d’Agroécologie au vu de sa vision compartimentée et réductrice... dans une fuite en avant technologique. En lieu et place de viser une dynamique partagée ouverte sur les champs du possible...

Lien direct avec la contribution SUD AgricultureInnovation2025


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Les événements scientifiques organisés par l’INRA au salon de l’agriculture 2016 (un colloque scientifique le lundi 29 février, dix rencontres professionnelles les quatre jours suivants) sont tous basés sur le rapport Agriculture-Innovation 2025. Ce rapport a été remis mi-octobre dernier aux ministères de l’agriculture et de la recherche par les présidents de l’INRA et de l’IRSTEA, le directeur général de l’ACTA (instituts techniques agricoles) et le président du Conseil d’Administration d’AgroParisTech. Il présente un plan d’innovation décliné en 30 projets ciblés sur l’agro-écologie, le biocontrôle, les biotechnologies végétales, les agroéquipements et le développement de l’agriculture numérique, ainsi que la bioéconomie.

Notre syndicat présente dans le document en ligne, les principales critiques qu’il adresse à ce rapport :

- Vision compartimentée de l’innovation agricole – contraire à l’approche système prônée dans le rapport – conduisant à des incohérences dans les propositions avancées, et fuite en avant dans la stratégie « tout-technologie » ;

- Vision réductrice de la productivité uniquement comme l’augmentation des volumes et des chiffres d’affaires, et parti-pris en faveur de la défense de la compétition économique, qui ne se confond pourtant pas avec l’intérêt général.

En s’appuyant sur des estimations pour certaines contestables (ampleur des gains attendus des biotechnologies ou de la sélection génomique ou emplois créés dans le biocontrôle par exemple), le rapport promeut une innovation pour une agriculture toujours plus productiviste symbolisée par le drone en photo sur la couverture. Cette agriculture privilégie l’apport technologique agroindustriel et la robotisation au détriment de l’emploi agricole, dans un contexte où le nombre d’exploitations agricoles ne cesse de diminuer et où l’agriculture a perdu plus de 350 000 actifs, représentant 200 000 équivalents temps plein, en l’espace de dix ans.

Dans la conférence de presse consacrée à la présentation du rapport Agriculture Innovation 2025 le 22 octobre 2015, le Ministre de l’Agriculture l’a présenté comme la « dernière pierre du projet sur l’agroécologie » de la France. Avec ce rapport, les rédacteurs ont pourtant, peut-on craindre, tué le concept d’agroécologie, tant leurs propositions sont éloignées de la définition originelle de l’agroécologie, basée sur l’utilisation de concepts et principes écologiques pour la conception et la gestion d’agroécosystèmes durables tirant pleinement parti des processus naturels, à l’opposé de l’agriculture industrielle.
On cherchera vainement des voies mobilisatrices pour des jours meilleurs dans ce rapport, mis en avant à l’occasion des 70 ans de l’INRA.

Nous, syndicalistes SUD de la recherche, déplorons cette nouvelle occasion gâchée par les dirigeants de la recherche agronomique de susciter face aux urgences, notamment climatique et sociale, une dynamique partagée, ouverte sur les champs du possible.