Appel - Pétition ASES contre la sélection à l’université

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SUD recherche EPST a décidé de s’associer à l’appel "La sélection n’est pas la solution" et d’en relayer la pétition, en dépit de quelques désaccords sur le contenu de ce texte initié par l’Association des Sociologues Enseignant/es du Supérieur. Cette démarche s’inscrit en effet dans la nécessaire construction d’une mobilisation unitaire contre le "Plan étudiant", la sélection à l’université, l’explosion annoncée des droits d’inscription et la destruction du cadre national de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La sélection n’est pas la solution !

Quels que soient les euphémismes dont
on la pare (« prérequis », attendus »…), la nouvelle grande réforme de
l’ESR projetée n’est autre qu’une sélection pure et simple qui frappera en
premier lieu les élèves des classes populaires et petites classes moyennes
en leur interdisant à plus ou moins brève échéance d’aller à l’université
dans la filière de leur choix après le baccalauréat. Quelle est-elle
concrètement ? Ni plus ni moins que la suppression de la liberté de
s’inscrire dans l’établissement de son choix pour les lycéen-ne-s, ainsi
que le conditionnement de leur inscription à l’examen de leur dossier
(« cohérence » du « projet de formation », de ses acquis et ses
« compétences » avec les caractéristiques de la formation ; sélection des
dossiers au regard d’une liste de critères établie par filière
disciplinaire au niveau national et déclinée localement, imposant certains
contenus de formation aux admis-es sous condition ; imposition d’une
orientation aux étudiant-e-s dont les choix n’auraient pas pu être
satisfaits). Comment parler de « choix » des lycéen-nes quand ceux-ci
seront soumis aux décisions des universités ?*

Cette sélection à l’entrée de l’Université prend appui sur une sélection
sociale déjà à l’oeuvre depuis le collège et le lycée et dans un contexte
d’augmentation des effectifs étudiants dans le supérieur. Tel.le
bachelier-e pourra se prévaloir de la bonne option disponible dans les
seuls lycées prestigieux pour candidater à telle licence ultra-sélective,
tel autre bénéficiera des moyens mis à disposition tout au long de sa
carrière scolaire pour améliorer sa « stratégie de placement », tel autre
en restera exclu.*

Moins brutale et moins visible que l’augmentation drastique des droits
d’inscription (comme a été le cas au Québec, cf. le « Printemps Érable »),
semblant répondre au désarroi et à l’épuisement bien réels d’un grand
nombre d’enseignant-e-s chercheur-e-s n’en pouvant plus de jongler avec la
pénurie de moyens, les gels de postes et le sous-encadrement chronique,
l’alourdissement intolérable des charges administratives et autres, cette réforme n’en constitue pas
moins une régression sociale, politique, intellectuelle sans précédent.
Dans un pays qui s’enorgueillit de sa culture multi-séculaire, de ses
valeurs démocratiques et demeure tout de même la cinquième puissance
économique mondiale, il n’y aurait donc plus moyen d’avoir un
enseignement supérieur public de qualité, pour toutes et tous.

Quelques rappels et quelques solutions s’imposent pourtant.

  1. La sélection existe déjà ! Classes préparatoires aux Grandes
    Écoles, filières sélectives (avec ou sans numerus clausus), établissements
    privés et payants… on ne peut guère prétendre que la sélection n’existe
    pas déjà et qu’elle n’entérine pas avant tout des inégalités sociales et/ou
    économiques. Pour rappel, en 2014, les enfants d’ouvriers représentent 6
    % des effectifs de Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (MENESR,
    2014)
  2. L’argent n’est pas le problème ! Qu’il s’agisse d’alimenter des
    politiques de primes de plus en plus souvent individualisées, des chaires
    de toutes natures dites parfois « d’excellence », des statuts dérogatoires
    et protégés ou encore le Crédit Impôt Recherche cadeau fiscal
    représentant la bagatelle de 5,5 milliards d’euros en 2017… l’argent alors
    ne manque pas. S’il a été retiré depuis des années de l’Enseignement
    Supérieur et de la Recherche public, c’est un choix politique, non une
    nécessité budgétaire.
  3. Les élèves issus des milieux les moins favorisés n’ont pas à en
    faire les frais ! Ces choix politiques – paupérisation et précarisation –
    n’ont fait qu’aggraver la situation et décourager bien souvent les
    enseignant-e-s chercheur-e-s, mais ce n’est pas aux élèves les plus
    modestes d’en faire les frais et de devoir renoncer à leurs études car ce
    sont elles et eux principalement qui seront les perdant-e-s de cette
    réforme.
  4. Le diplôme protège du chômage et les métiers font de plus en
    plus souvent appel à des qualifications élevées : interdire l’accès à
    l’université, c’est condamner les jeunes à des situations professionnelles
    peu enviables, aucune perspective d’avancement, sans même parler des
    effets délétères sur la formation à la citoyenneté dont nos démocraties
    ont un besoin impératif.

Des solutions existent déjà et passent par l’instauration d’une
première année de remise à niveau en lien avec le cursus concerné si
nécessaire ou l’obligation de suivre des enseignements supplémentaires
au tronc commun. Plutôt que d’éliminer les étudiants, c’est sur les
modalités précises (financements, postes dédiés, moyens…) de ces
remises à niveau et des enseignements nécessaires qu’il faut prendre
appui. A titre d’exemples, il apparaît nécessaire de :

  1. Créer ou développer des enseignements permettant aux élèves
    les plus en difficulté de suivre correctement leur cursus :
    • Maîtrise de l’écrit et de l’oral (par l’entrainement régulier à la
      dissertation, à la rédaction de synthèses, résumés, plans, à la
      présentation d’exposés…)
    • Culture générale en proposant ou en imposant selon les cas des
      enseignements par exemple d’histoire contemporaine de la
      France (au moins la 5è République voire le 20è siècle), d’histoire
      de l’Europe et des relations internationales d’un point de vue
      politique, social, économique… ou encore des enseignements de
      base en lien avec le cursus envisagé : culture économique,
      science politique (fonctionnements des institutions, etc.),
      statistiques…
    • Obligation de lire régulièrement des textes essentiels pour la
      discipline concernée et de les présenter oralement.
  2. Embaucher massivement dans l’ESR sur des postes de
    fonctionnaires, stables et pérennes, des enseignant-e-s chercheur-e-s
    susceptibles de faire ces cours et de répondre aux besoins et au suivi
    d’une population étudiante en augmentation. Le nombre impressionnant
    de docteur-e-s sans poste serait déjà un vivier considérable. Des
    enseignant-e-s chercheur-e-s avec des statuts identifiés et des conditions
    de travail de qualité (contrats de travail, rémunération…) doivent aussi
    être recruté-e-s en grand nombre.

Parler d’un « Plan Étudiants » qui ne soit pas purement et simplement de
la sélection des plus modestes, qui fasse honneur à un pays riche
économiquement et culturellement, revient à mettre fin à la
paupérisation des universités publiques d’une part (par la redistribution
des moyens évoqués plus haut par exemple) et à la précarisation
insupportable des enseignant-e-s chercheur-e-s d’autre part.
C’est cela, la véritable démocratisation scolaire en acte, et ce n’est ni
impossible ni utopique.

La pétition en ligne est accessible ici

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