INRA : Réaction au rapport d’étape des 2 PDG sur la fusion INRA/IRSTEA

, popularité : 4%

Suite à la demande faite par les syndicats SUD recherche EPST (IRSTEA et INRA), FO IRSTEA et CGT-SNTRS IRSTEA, les PDG des deux établissements ont accepté de tenir un CT (comité technique) commun le 8 octobre sur ce projet de fusion. les Directions viennent maintenant d’adresser aux ministères de tutelle un rapport d’étape, rendu public sur les sites institutionnels.

Dans ce message adressé à tous les agents de l’INRA, notre branche INRA fait part de sa réaction à la diffusion de ce rapport, ceci dans l’attente d’une analyse syndicale commune IRSTEA/INRA SUD plus approfondie ....

Suite à la demande faite par les syndicats SUD recherche EPST (IRSTEA et INRA), FO IRSTEA et CGT-SNTRS IRSTEA lors de la consultation informelle au siège de l’IRSTEA à Antony le 21 septembre, les DG des deux établissements ont accepté de tenir un CT (comité technique) commun le 8 octobre et de reporter de deux semaines la remise de leur rapport d’étape aux ministères.

Lors de ce Comité Technique conjoint du 8 octobre, plusieurs motions ont été soumises au vote, et 3 adoptées (2 sur l’accompagnement budgétaire nécessaire pour réussir cette fusion, l’autre sur la tutelle du ministère de la Transition écologique et solidaire). Si quelques demandes sont reprises dans le rapport d’étape, la plupart sont oubliées, comme la pertinence de nouvelles orientations de recherche pour contribuer à répondre aux urgences planétaires, ou refusées : le report de la fusion au 1er janvier 2022 et la tutelle du ministère en charge de l’environnement.

La lecture du rendu commun de la délégation SUD INRA/IRSTEA présentes à ce Comité Technique conjoint permettra à chacun/e de se faire une opinion de l’avancée de ce dossier. Dans l’attente d’une analyse plus approfondie de notre syndicat de ce rapport d’étape rendu public ce 22 octobre, voici nos premiers commentaires :

SUD prend acte de l’avancée du processus de fusion INRA-IRSTEA. Les recherches des deux établissements sont proches et complémentaires… Mais sur le fond comme sur la forme la fusion, beaucoup d’inquiétudes et d’interrogations demeurent et nous attendons toujours des réponses tant ministérielles que de la part des directions.

Première partie du questionnement, quelle sera la politique scientifique de ce nouvel institut ? Comme l’a souligné avec force Nicolas Hulot lors de sa démission fin août le contexte est inquiétant voire anxiogène : la biodiversité s’effondre pendant que la consommation des pesticides augmente, les fermes familiales disparaissent à grande vitesse pendant que d’autres s’industrialisent, l’emploi régresse dans des zones rurales (« la France périphérique ») qui se vident. Sur ce sujet les représentant/es du personnel SUD au CT du 8 octobre ont offert au PDG de l’INRA le livre « Nous voulons des coquelicots » dédicacé par Fabrice Nicolino : “À Philippe Mauguin puisque c’est le moment”. Un exemplaire a également été donné au PDG de l’IRSTEA, car il y est question du travail de ses prédécesseurs. Ce 8 octobre, jour de CT commun, la presse titrait sur le rapport du GIEC attestant de l’accélération du changement climatique.

Hélas les orientations de politique scientifique annoncée dans le rapport d’étape continuent sur la même musique : certes les « fronts de science (ou de technologie) » changent un peu mais avec le même affichage hors du temps aurait pu être fait en 1998 ou même en 2008 ! Dans une période où de plus en plus de voix nous disent que le temps nous est compté pour agir. Et la recherche publique est attendue : si elle doit prendre un leadership et viser l’excellence c’est au service de l’intérêt général sur des recherches en grande partie non marchandes et pas ailleurs ! Il est paradoxal que la spécificité d’appui aux politiques publiques revienne sans arrêt comme une priorité et que les dirigeants de la recherche publique se cantonnent, une fois encore, une fois de trop, à accompagner l’existant.

Dans le cadrage du nouvel institut nous ne lisons rien sur la prévention des conflits d’intérêt et la manière dont la recherche publique au service de l’intérêt général va tenir à distance les lobbies de firmes. La proximité de ces lobbies ne visent que leurs profits et fabriquent du mensonge pour préserver leur puissance économique établie au détriment de notre futur vivable (lire le très instructif livre « Lobbytomie » de Stéphane Horel) interroge sur l’indépendance revendiquée de l’expertise publique.
« On a vu les limites de ce système [l’agrochimie] vers la fin des années 1990, avec des cas de pollution des eaux, via notamment les effets induits par un produit désherbant, l’atrazine, qui a finalement été interdit en 2003 mais qui laisse des effets rémanents de longue durée. » Dans ces conditions, « l’objectif est dès lors de changer tout le système de production agricole de façon radicale. » Cette rupture indispensable, c’est Philippe Mauguin qui l’appelait de ses vœux en février 2018 à l’Assemblée Nationale. Mais où est-elle dans le projet du nouvel établissement ? Si page 7 du rapport d’étape, il est question du « momentum » [selon Wiktionnaire : lancée, élan, tendance (généralement en sport) ; l’avantage d’un ascendant, généralement psychologique, acquis du fait d’un succès récent ou d’une situation favorable] qui « créé par la fusion INRA-IRSTEA constituera une grande force d’entraînement ». Mais il ne faudra pas cette fois se tromper. C’est un moment-clé à saisir au vu des enjeux sociétaux et climatiques. La recherche publique a rendez-vous avec l’histoire. Cette interpellation orale aux PDGs par SUD le 8 octobre, ne fait l’objet d’aucune réponse dans le rapport d’étape.

Sur les modalités de la fusion, nous notons quelques avancées pour les agents de l’INRA, comme :

-  Le vote des agents de catégories B et C au conseil scientifique. SUD le réclamait depuis longtemps à l’INRA et c’est la raison pour laquelle nous boycottions ces élections

-  L’accès au SFT (Supplément Familial de Traitement) aux collègues en CDD, demande que nous formulions également depuis des années…

Mais nous maintenons notre alerte sur :

-  Les systèmes de gestion, car le personnel de l’INRA a connu et connait toujours de grandes difficultés avec GEFI 2.0. La transition prévue vers un nouveau système de gestion, et surtout la double transition imposée au personnel de l’IRSTEA, est très problématique (4.2 p.18 du rapport d’étape*).

-  Le budget consolidé des 2 instituts qui n’est pas à la hauteur des besoins : la dotation de fonctionnement de l’IRSTEA ne représente que 8% de la masse salariale, celle de l’INRA représente 17%

-  Le refus des DGs de reporter la date de fusion qui reste bloquée au 1er janvier 2020, malgré les avertissements de SUD sur le risque d’un calendrier intenable et incompatible avec les futures élections des instances (2022), les changements de systèmes de gestion, et aussi les délais nécessaires à un véritable dialogue social sur les conditions de la fusion et la construction du nouvel établissement (budgets, organisation, statuts du personnel …)

Nous continuons à demander la cotutelle du Ministère en charge de l’environnement, incontournable au vu des enjeux de la période. Une priorité sur laquelle nous reviendrons prochainement, dans l’analyse plus approfondie que nous préparons, en inter-EPST, avec les collègues de l’IRSTEA.