"Biodiversité : les chercheurs engagés" affirme la communication de la direction de l’INRA, mais l’institut est-il (assez) engagé ? contribution SUD-Recherche EPST mai 2019

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Cette contribution syndicale sur l’effort public nécessaire en matière de recherche pour préserver la biodiversité s’appuie sur l’alerte émise à Paris ce début mai par l’IPBES et le dossier produit par la communication de l’INRA dans la période.
Nous regrettons l’absence de vision globale écologique, avec l’inventaire "à la Prévert" de ce dossier de presse, faisant suite à des années d’indifférence et demandons que dès le prochain budget l’institut confirme par ses objectifs scientifiques et ses financements l’engagement proclamé aujourd’hui dans la communication de l’INRA.
L’urgence climatique et environnementale commande de ne plus en rester "au verre à moitié plein"... pour reprendre l’expression du PDG illustrant le niveau d’engagement actuel de l’INRA !

Nous proposons aux collègues de l’INRA de s’associer à l’accélération de ce changement de cap en participant aux rendez-vous de cette fin mai : ce samedi 18 mai aux marches contre MONSANTO-BAYER et les 24 et 25 mai aux prochaines journées internationales pour le climat.

"Biodiversité : les chercheurs engagés" affirme la communication de la direction de l’INRA, mais l’institut est-il (assez) engagé ?

Réunis à Paris du 29 avril au 6 mai, les États membres de l’IPBES, le « GIEC de la biodiversité », ont adopté un rapport inédit, synthèse de milliers de références scientifiques, qui alerte sur l’effondrement du vivant. Le système alimentaire agro-industriel, et en premier lieu la consommation élevée de produits animaux qui y est associée, est une cause majeure de ce déclin Un changement de modèle agricole et une reconnaissance des peuples autochtones pourraient permettre d’éviter l’extinction (1). Ceci fait écho avec les propos très fort du président de l’IPBES, Robert Watson : « La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier ».

Invité le lundi 6 mai au journal de 7h30 de France Inter, le Directeur Scientifique environnement de l’INRA a très bien vendu les travaux de son institut sur la biodiversité. L’auditeur en aura conclu que tout va bien dans la meilleure des recherches agronomiques possibles, et que l’INRA, comme il a su le faire par le passé, a pris la réelle mesure des enjeux, anticipé l’ampleur et le rythme des bouleversements en cours, et mis au cœur de son dispositif de recherche les actions adaptées à l’urgence et la gravité de la situation.

« Les chercheurs de l’INRA engagés sur la biodiversité » titre le dossier de presse de l’INRA. Bravo aux nombreux collègues engagés dans ces recherches, qui ont, pour certains, trop longtemps travaillé loin du soutien des directions successives de l’institut. L’introduction du dossier de presse pose la gravité de la situation : "D’ores et déjà, le constat est alarmant : mammifères, oiseaux, insectes (notamment pollinisateurs)... de nombreux groupes d’espèces sont affectés par l’érosion de leur diversité et de leur abondance. À tel point que certains n’hésitent plus à parler de « 6e extinction », par référence aux 5 épisodes majeurs qui se sont déroulés au cours des 500 derniers millions d’années. Si le terme fait débat, il y a par contre un large consensus sur le déclin de nombreuses populations. Dans ce contexte, le rôle de la communauté scientifique est essentiel et précieux, non seulement pour documenter et comprendre les phénomènes en cours mais aussi alerter et éclairer l’action publique."

Mais la mise en page « à la Prévert » du dossier de presse révèle l’absence de vision globale sur l’écologie, enracinée dans des années d’indifférence. Les documents d’orientation 2010-2020 puis 2016-2025 de l’INRA faisaient apparaître la préservation de la biodiversité comme un des 27 objectifs de sa recherche, mais surtout sous l’angle utilitariste des « services » écosystémiques, et encore non comme une priorité. Le mot « biodiversité » n’apparaît que 2 fois dans les rapports d’activités INRA de 2015 ou de 2016 ; une douzaine de fois en 2017 (sur 59 pages).

Évidemment, la responsabilité de l’agriculture intensive dans la crise environnementale associée à la désertification des campagnes françaises et la paupérisation de nombreux producteurs (2), soutenue activement par la politique scientifique des DG successives depuis 50 ans n’est que peu questionnée. Et pourtant c’est bien ce virage essentiel à la survie de la biodiversité et donc des sociétés humaines qu’il serait plus que jamais nécessaire de porter clairement avec une présentation des pistes et des programmes de recherche qui pourrait nous sortir de l’impasse. Rien de tel dans ce document bien sûr. Les verrous associés à certains intérêts économiques seraient-ils trop forts ?

Après avoir expliqué en octobre 2017 à quel point l’institut avait manqué d’anticipation sur la sortie du glyphosate et plus généralement la diminution de l’utilisation de pesticides, SUD a publié mi-janvier une lettre ouverte au PDG de l’INRA avant une entrevue entre les représentants du syndicat et la direction générale. Lors de cet échange de deux heures le 19 janvier, de nombreuses propositions ont été faites. Par exemple que la recherche publique agronomique se serve enfin des 7 200 hectares des domaines INRA comme territoires d’expérimentation de la sortie des pesticides, avec calendrier et objectifs chiffrés. Et que l’INRA organise dans les plus brefs délais le carrefour Dinabio sur les recherches en agriculture biologique. Alors que la demande est pressante sur cette forme d’agriculture, prototype d’agroécologie, il est légitime de se demander pourquoi donc ce rendez-vous qui réunit tous les cinq ans plus de 200 personnes n’a-t-il pas été programmé en 2018 et que rien n’est annoncé pour 2019 ? Le temps presse et l’action est impérative sous peine de devoir rendre des comptes dans un avenir proche.

Face aux incitations répétées de SUD, le PDG Philippe Mauguin nous invite avec constance à considérer « le verre à moitié plein » et c’est aussi le sens de cet éclairage inédit porté aujourd’hui sur les recherches en écologie de l’INRA. En juillet 2018, l’INRA s’est vu attribuer la coordination d’un programme prioritaire de recherche, doté de 30 millions d’euros, pour réussir la sortie des produits phytosanitaires en agriculture (3). Il y est beaucoup question de biodiversité et aussi de santé humaine, notamment celle des agriculteurs. Avons-nous ici, pour la première fois, un programme ambitieux de sortie des pesticides ? La Direction INRA parviendra-t-elle à défendre la nécessité de recherches pour la préservation de ces biens communs, contre l’opinion des Ministères qui n’en auront retenu que l’identification de voies alternatives à l’usage d’intrants (4) ? Comment en effet valider la conversion à l’agroécologie sans un diagnostic honnête des coûts cachés des pesticides, en vue de dépasser le « verrouillage socio-technique » qui a déjà fait échouer Ecophyto ? La chronique du Monde du 27 avril sur ces coûts (bien) cachés est édifiante. La direction de l’INRA doit engager un changement de cap radical pour que l’agro-écologie soit plus qu’un vague concept impossible à appliquer faute à la disparition programmée et maintenant très proche de la composante principale, cette biodiversité dont on parle tant !

Dès le prochain budget l’institut doit impérativement confirmer par ses objectifs scientifiques et ses financements l’engagement proclamé aujourd’hui dans la communication de l’INRA. Nous espérons pouvoir compter, lors de la présentation de ce budget au Conseil d’Administration sur l’appui du représentant des associations environnementales, François Letourneux. Ce 6 mai au journal de 7h00 de France Inter, il a en effet déploré la disparition des alouettes causée par l’agriculture intensive. Invité de France Culture le 22 décembre 2017, il insistait sur réchauffement climatique, destruction des écosystèmes, extinction des espèces...

L’urgence climatique et environnementale commande de ne plus en rester au verre... à moitié plein !
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Et en tant que citoyen/ne, contribuons à l’accélération de ce changement de cap en participant aux rendez-vous de cette fin mai :

Ce samedi 18 mai : marches contre MONSANTO-BAYER

Les 24 et 25 mai : prochaines journées internationales pour le climat (Solidaires a déposé un préavis de grève pour le vendredi 24 afin de permettre à chacun/e de s’y associer)


1) https://reporterre.net/Pour-eviter-l-effondrement-du-vivant-il-faut-changer-l-agriculture-et-l
et https://usbeketrica.com/article/effondrement-biodiversite-trois-pistes-eviter-pire
2) « Après l’agriculture » France 5 mardi 7 mai 2019
3) http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid132983/un-programme-prioritaire-de-recherche-de-30-millions-d-euros-pour-developper-les-alternatives-aux-phytosanitaires.html et http://presse.inra.fr/Communiques-de-presse/nouveau-pas-en-matiere-de-recherche-pour-developper-les-alternatives-aux-produits-phytosanitaires
4) https://agriculture.gouv.fr/le-gouvernement-confirme-son-ambition-de-reduire-les-produits-phytosanitaires-de-moitie-dici-2025

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