Changements d’outils informatiques au CNRS Il faudrait qu’un jour on se soucie des personnes avant de se soucier des GAFAM

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C’est une constante de ces dernières années : quand un nouvel outil informatique est envisagé, ou l’évolution d’un ancien, le choix se tourne presque systématiquement vers une solution commerciale, fermée, hors de contrôle des agents des services informatiques du CNRS.

Et le résultat est sans surprise : coût élevé, évolutions difficiles et coûteuses. Les agents doivent apprendre à vivre avec des outils à l’ergonomie discutable, trouver des méthodes de contournement des erreurs, en attendant désespérément que les erreurs et desiderata qu’ielles ont remontés soient pris en compte dans une version suivante. La réactivité permise par l’utilisation de logiciels développés en interne ou adaptés de logiciels libres n’est clairement pas un paramètre pertinent face à l’intérêt supérieur que semble représenter la négociation d’un marché public. Ainsi d’AGATE, qui attend depuis des années des évolutions demandées dès les premiers usages en situation réelle.

À tel point que même les aspects de sécurité semblent ne pas être prépondérants : que penser d’un organisme d’état qui confie sans sourciller les données personnelles de ses agents, sur ARIANE, à une société soumise au patriot act [1], People-doc ? Le CNRS a beau objecter que ces données sont hébergées sur des serveurs en France (est-ce toujours vrai en 2021 ?), la loi américaine ne s’embarrasse pas de telles limitations.

Récent avatar de cette démarche : au mois de juin 2021, une migration complète de la messagerie électronique du CNRS a été annoncée, à peine deux semaines à l’avance, avec obligation pour les agent·es déjà détenteurs d’une adresse dans le domaine @cnrs.fr de changer sans délai leurs identifiants en utilisant une procédure nouvelle. Cette migration a impacté de façon très importante les agent·es concerné-e-s : changement de modalités d’accès, changement d’outil de messagerie (mais toujours sur Microsoft Exchange, logiciel propriétaire très orienté « windows et « outlook »), changement de réglementation pour les boîtes partagées, etc. La migration s’est faite dans l’urgence, avec une mise en production laborieuse, ce qui s’est traduit par plusieurs jours sans courrier pour certain·es agent·es, avec un impact très dommageable sur le travail et beaucoup de stress. D’autres difficultés apparaissent rapidement,

Au mois d’octobre 2021, les agent·es apprennent par communiqué de la présidence du CNRS qu’ils et elles sont désormais propriétaires d’une adresse dans le domaine @cnrs.fr, et qu’aucune redirection automatique vers leur précédente adresse institutionnelle, celle de leur unité, n’est possible, qu’il ne sera plus possible d’avoir des boîtes partagées avec leurs collègues non CNRS, et que, au cas où ielles seraient tentées d’ignorer purement et simplement cette adresse, ce sera dorénavant elle et elle seule qui sera utilisée pour la transmission des documents issus des services de ressources humaines. Certains ASR (administrateurs et administratrices systèmes et réseaux) ont certes eu l’information … une semaine avant, mais n’ont aucun moyen d’intervenir sur la messagerie elle-même, sinon pour la bloquer !

Soyons clairs : que le CNRS fournisse une adresse à ses employé-e-s est normal. Que le CNRS utilise cette adresse pour communiquer avec elles et eux aussi. Qu’il utilise pour ça un produit payant, contraignant, hébergé par un prestataire extérieur, alors même que des outils et infrastructures performantes offrent déjà ce service en interne, gérés par du personnel CNRS, est pour le moins discutable. L’externalisation, quel qu’en soit le coût et le manque d’adaptabilité est une fois de plus préférée au maintien des moyens et compétences propres à l’organisme.

Mais que le CNRS impose sa vision aussi brutalement, sans se soucier des répercussions sur chacune et chacun, montre bien le niveau d’attention qu’il porte à son personnel. Qu’ont dû penser en recevant le message d’information les collègues qui se connaissaient des homonymes dans l’établissement ? Que ce serait la course à la première arrivée ? Comment ont réagi celles et ceux, pas si rares, qui ont déjà du mal à gérer leur(s) adresse(s) professionnelle(s) à l’annonce d’une nouvelle adresse imposée ?

Une fois encore, tant qu’il s’agit de gloser sur des actions qui ne changent rien au fond, telles les « actions QVT », le CNRS répond présent. Mais quand il s’agit de concevoir une organisation du travail qui respecte celles et ceux qui travaillent, qui leur donne les moyens de travailler sereinement, qui les accompagne lorsque des évolutions sont indispensables, alors le CNRS est aux abonnés absents. C’est inacceptable de la part d’un organisme qui se glorifie de son « label de qualité en ressources humaines pour la recherche (HRS4R) ».

Bien entendu, SUD Recherche EPST a immédiatement interpellé la direction des ressources humaines pour que toutes les mesures permettant à chacune et chacun de continuer à travailler sereinement soient prises. Mais nous nous passerions volontiers d’avoir à faire ce genre d’intervention !

Tant que les intérêts financiers des sociétés contractantes primeront sur les conditions de travail des agentes et agents, de tels évènements se reproduiront. SUD appelle à cesser ces gabegies d’argent public et à promouvoir l’utilisation de solutions informatiques et de formats libres, indépendant, ouverts et maintenables.

Dans ce dossier comme dans bien d’autres (mutations, réintégrations, évaluations, versement des indemnités ARE…) SUD Recherche EPST dénonce la dégradation de la façon dont le personnel du CNRS est considéré et traité, et tient comme usurpés les labels et autres qualités en matière de RH dont la communication de la direction se pare.

[1Le « patriot act » impose aux sociétés américaines de communiquer les bases de données personnelles au FBI sans intervention d’un juge et sans en informer les personnes concernées.

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