Communiqué : Islamophobie, Palestine : l’Université de Montpellier refuse des salles aux syndicats Communiqué commun Solidaires étudiant-e-s Montpellier, Sud éducation Université de Montpellier et Sud Recherche Montpellier
Solidaires Étudiant-e-s a organisé le 25 mars une table ronde sur le sujet de l’islamophobie en France et à l’université. Celle-ci s’est tenue à l’Université Paul Valéry : il était d’abord prévu de tenir cette table ronde à l’Université de Montpellier (UM), mais le Président de l’UM a décidé, pour des motifs malhonnêtes, de nous refuser la réservation des locaux.
En France, l’islamophobie, désignant les discriminations et violences visant les musulman.es et personnes perçues comme telles, progresse de façon inquiétante. Les discours médiatiques hostiles, les attaques sur les personnes et sur les lieux de cultes, les offensives et paniques morales sur l’interdiction de port du voile dans le sport et à l’université, sont omniprésentes.
Dans ce cadre, nous souhaitions organiser un moment d’échange pour analyser les origines historiques de l’islamophobie, son évolution et ses conséquences et notamment discuter autour de la forme principalement institutionnelle de cette discrimination et de l’extension de son champ d’action. Cela est singulièrement le cas en France, notamment via le détournement de la laïcité de son cadre légal initial de 1905. En effet, si la visée originelle du principe de laïcité est de permettre la neutralité de l’État, son indépendance des autorités religieuses ainsi que la liberté de culte, on observe se mettre en place un système d’instrumentalisation de ce dernier, ciblant spécifiquement la communauté musulmane, au moyen de pratiques administratives qui contraignent les libertés fondamentales. Si les institutions publiques sont tenues à la nécessaire neutralité, les usager-es sont libres de leurs « pratiques » individuelles et ne devraient pas être la cible de suspicions permanentes.
Dans un premier temps, il a été rétorqué à Solidaires Étudiant-e-s que seules les organisations étudiantes « représentatives » avaient le droit de réserver des salles à l’UM. Non seulement cette règle est absurde, mais cet argument est inadéquat puisque Solidaires Étudiant-e-s a des élues au Conseil Académique et à la Commission Recherche sur une liste intersyndicale.
Une deuxième demande à été faite fin février par le syndicat SUD éducation : celle-ci à été acceptée par la Présidence mais seulement le 20 mars, à quelques jours de la conférence et alors que Solidaires Étudiant-e-s avait dû en urgence se replier vers l’Université de Montpellier Paul-Valéry au vu des délais et refus précédents. Finalement et de manière contradictoire, la première demande formulée au nom de Solidaires étudiant-es a été refusée par le Président de l’UM.
Ce refus est motivé par le Président de l’UM au nom des « risques de troubles à l’ordre public » qu’engendrerait la tenue de cette table ronde. Pour se justifier, la présidence a utilisé comme prétexte le « contexte politique international », « le contexte politique des élections municipales » et « les évènements récents à Lyon » : ce n’est rien d’autre que de la censure mal déguisée.
La présidence de l’UM participe donc au climat islamophobe global, puisqu’il apparait dans le refus du Président qu’on ne devrait pas parler d’islamophobie, sous peine de créer des tensions. Faire porter la responsabilité de ces éventuelles conséquences abstraites à celles et ceux qui se mobilisent contre les oppressions est irresponsable. Ces suspicions traduisent au mieux une méconnaissance profonde, au pire un mépris et une hostilité à l’égard d’enjeux cruciaux.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la présidence de l’UM choisit de refuser ou d’annuler des réservations de salle pour des motifs arbitraires : il y a quelques semaines, la projection du film palestinien Lyd en avait déjà fait les frais, au motif de porter une « atteinte excessive au principe d’indépendance du service public, en raison des propos qui pourraient y être tenus et provoquer des troubles à l’ordre public ».
La présidence de l’UM cède ainsi aux injonctions de la circulaire Baptiste adressée le 16 février aux rectorats et préfectures par les Ministères de l’Intérieur et de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace pour interdire la tenue de réunions à caractère politique dans les universités. Cette volonté d’étouffer la discussion sur des sujets relatifs à la dignité et à la justice au motif qu’ils seraient politiques ne sera jamais tolérable ni acceptable.
Nous continuerons à parler d’islamophobie d’État, de racisme systémique, et à revendiquer nos positions antifascistes.
Nous ne plierons pas face aux paniques morales et médiatiques et continuerons de défendre les libertés académiques face à la répression, en France comme ailleurs.
Voir en ligne : https://solidairesetudiants34.wordp...