CNESER du 12 mai 2026 - Déclaration liminaire
Déclaration liminaire de SUD Recherche et SUD éducation.
Ce projet de décret est une provocation politique et pourrait déboucher sur une catastrophe sociale et humanitaire. Depuis la circulaire Retailleau, les étudiantes extra-communautaires se retrouvent contraintes et bien souvent dans l’incapacité de travailler légalement pour subvenir à leurs besoins. La restriction de l’exonération des frais d’inscription pèsera lourdement sur les ressources de milliers d’étudiantes qui basculeront encore plus dans l’extrême précarité, la pauvreté, les problèmes de logements. Le dernier projet de loi de finance s’était déjà lourdement attaqué aux APL pour les étudiantes extra-communautaires, cette mesure serait une mesure supplémentaire de ségrégation et de mise à genoux économique d’une partie des étudiantes, qui étudie, qui travaille, et qui ne s’en sort pas, financièrement et administrativement.
Cette question est d’autant plus cruciale pour les universités d’outre-mer et en particulier celle de Mayotte où cela servira de pression supplémentaire pour décourager et désinformer les étudiantes étrangerères (en particulier comoriennes). Pour ces étudiantes hors UE, les visas non-territorialisés pour l’hexagone sont de plus en plus difficiles à obtenir en plus d’être déjà coûteux ; la fin de l’exonération alourdira d’autant plus leurs démarches.
Du côté de la recherche, cette mesure aura des conséquences désastreuses pour la poursuite d’études au sein des écoles doctorales. Avec des coûts d’inscription à l’école doctorale de près de deux fois leur salaire net mensuel, les doctorant-es devront avoir de solides appuis financiers ne serait-ce que pour pouvoir commencer une thèse. La « stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux » (sic - expression utilisée par le gouvernement d’Édouard Philippe) que constitue le plan « Bienvenue en France » (re-sic) montre déjà son échec, sur lequel nous avions alerté en 2019. Ainsi, le nombre de doctorant-es internationaux a chuté de 9% entre 2017 et 2022 en France, alors qu’il a progressé de 28% sur l’ensemble de l’Union Européenne dans la même période. (Campus France - La mobilité étudiante dans le monde, chiffres clés 2025). Nous ne doutons pas un instant qu’obliger à appliquer ces mesures de discrimination sociale et de discrimination basées sur la nationalité aura pour effet d’accélérer la dégringolade de l’attractivité de notre pays.
Ce projet de décret, directement issue du programme du RN et de la préférence nationale, aux relents xénophobes nauséabonds est une première étape dans la généralisation de l’augmentation des frais d’inscription pour toutes et tous. La recette est dorénavant connue : s’attaquer en priorité aux populations les plus vulnérables pour imposer ensuite des mesures discriminatoires, antisociales et libérales à l’ensemble des étudiantes.
Avec cette décision injuste, seules les étudiantes étrangeres aisées ou boursieres (très minoritaires) pourront étudier en France. Ce projet révèle ainsi une vision du monde à la fois nationaliste, classiste et managériale : il s’agit de faire du système universitaire un marché, organisé par la compétition, où la sélection se fait par l’argent, la nationalité, le capital culturel... C’est le fruit de l’idéologie néolibérale qui considère l’enseignement supérieur comme une marchandise qui se monnaye et non comme un service public dans lequel l’État doit investir. Le gouvernement prépare ainsi les esprits à une hausse généralisée des frais d’inscription, remet en cause le principe d’une éducation gratuite et garantie à toutes, en réalisant ce marché universitaire concurrentiel au cœur de toutes les réformes universitaires depuis le lancement du processus de Bologne en 1998.
SUD éducation et SUD Recherche dénoncent ce projet de décret que le ministre et le gouvernement entendent faire passer de force dans les instances en quelques semaines. Nous appellons l’ensemble du personnel et des étudiantes à se mobiliser et à se solidariser des étudiantes extra-communautaires, pour leurs droits et leurs conditions de vie. SUD éducation et SUD Recherche se battent et défendent un enseignement supérieur gratuit, ouvert à toutes et tous et émancipateur.