La déforestation commence ici dans nos assiettes et nos élevages

, popularité : 100%

Dans cette expression adressée à l’ensemble des collègues travaillant à l’INRA, nous ciblons la culture du soja, moteur de la déforestation au Brésil, cause principale des incendies de cet été. La France est grande importatrice de ce soja, principalement OGM et notre institut, l’INRA ne se démarque pas de l’éleveur français moyen dans ses élevages.
Nous interpellons donc la Direction sur le maintien de cette pratique, alors même que des alternatives existent pour atteindre l’autonomie protéique des élevages. Nous appelons chacun/e, en tant qu’agent/e de l’INRA et citoyen/ne, à se mobiliser sur cette question.... à participer dès les 20 et 21 septembre aux journées de rentrée climatique et sociale, et à signer l’appel des coquelicots !

« Le battement des ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer un ouragan au Texas ? » Image d’une chaîne de causalités complexes aux conséquences parfois imprédictibles, l’effet papillon trouve encore au Brésil sa nouvelle interrogation : la galette complète bretonne jambon-œuf-fromage peut-elle provoquer un incendie géant au Brésil ?

Directement causés par la déforestation de l’Amazonie et d’autres biotopes sud-américains, les incendies ont dévoré près de 500 000 hectares en Amérique du Sud cette année, et ce n’est pas fini.

Dans les années 2000, la culture de soja était l’un des principaux moteurs de la déforestation, notamment en Amazonie (1,2). Un moratoire international a permis de contenir cette progression, jusqu’à ce que le Brésil décide de relancer sa production agricole en 2018 (3,4), répondant ainsi à la demande mondiale. En Europe, près de 90 % des volumes de soja importés du Brésil et d’Argentine sont en effet utilisés pour nourrir les animaux d’élevage intensif (5). En 2014, La France importait ainsi 4.8 millions de tonnes en équivalent de graines de soja, dans leur écrasante majorité OGM et imprégnées de glyphosate (6,7), résultat direct du choix français de surproduire et d’exporter de la viande, du lait et des œufs sur les marchés mondiaux. Désormais, ces productions viseraient à devenir « agroécologiquement intensives » (8) comme s’il était possible d’ignorer l’externalisation des risques humains et environnementaux liés à la dépendance protéique du pays.

Hormis dans ses unités expérimentales en agriculture biologique, où l’utilisation d’OGM est prohibée, l’Inra ne se démarque pas de l’éleveur français moyen et distribue à ses porcs, volailles et ruminants laitiers des aliments contenant du soja OGM produit en Amérique, le plus souvent du Sud. Animaux par ailleurs exploités en grande partie pour soutenir un modèle productiviste agricole dépassé (9) et un régime alimentaire unanimement reconnu excessif en protéines animales (10,11,12).
Nous n’avons pas trouvé tous les chiffres de la consommation de soja des animaux de l’Inra. A l’échelle nationale, combien de tonnes de soja l’Institut achète-t-il ? De quelle origine est-il ? De combien d’hectares sud-américains sommes-nous responsables ? Pourquoi ne nous fournissons-nous pas dans les filières de soja non-OGM, et si possible françaises ? Sans parler de l’huile de palme asiatique…

Depuis sa création, que ce soit au Conseil Scientifique, au Conseil d’Administration, et dans les instances où il est représenté et dans ses positions publiques, SUD milite pour l’autonomie protéique des élevages, la remise à plat et la diversification de nos systèmes de production agricole. Pourtant de nombreuses alternatives existent pratiquant une agriculture productive, économe et autonome, portées, par exemple, dans les réseaux agriculture durable du RAD-CIVAM, dont André Pochon fut l’un des pionniers, et dans les fermes en agriculture biologique.

Le PDG P. Mauguin a engagé l’institut vers une sortie de l’usage du glyphosate dans les UE/IE de l’INRA à l’horizon 2020. Et après ? Continuera-t-on à participer à l’effet papillon qui attise aujourd’hui les feux de forêts amazoniens ? SUD utilisera tous les moyens à sa disposition pour engager, dès aujourd’hui, des actions pour que tou·te·s, à tous les échelons de l’institut, se mobilisent sur cette question, en tant qu’agent·e·s de l’Inra et en tant que citoyen·ne·s.

(1) https://www.greenpeace.fr/soja/
(2) https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/foret-monde-perdu-12-millions-hectares-forets-tropicales-2018-75880/
(3) https://www6.inra.fr/productions-animales/content/download/7755/101441/version/1/file/Prod_Anim_2016-29_2_05.pdf
(4) https://www.la-croix.com/Economie/Economie-et-entreprises/Bolsonaro-champ-libre-lagrobusiness-Bresil-2018-11-26-1200985538
(5) https://www.capital.fr/economie-politique/deforestation-greenpeace-denonce-laddiction-europeenne-au-soja-ogm-bresilien-1341540
(6) https://www.franceagrimer.fr/content/download/38708/357351/file/10%20-%20Recommandations%20du%20GT%20r%C3%A9duction%20d%C3%A9pendance%20prot%C3%A9ique.pdf
(7) https://www.bastamag.net/Soja-OGM-cafe-orange-pesticides-deforestation-Bresil-Europe-Mercosur-traite-libre-echange
(8) http://www.chaire-aei.fr/
(9) Inès Léraud et Pierre Van Hove « Algues vertes, l’histoire interdite ». Juin 2019
(10) https://etude-nutrinet-sante.fr/upload/Actualites/le-revers-de-notre-assiette-web.pdf
(11) https://www.iddri.org/en/publications-and-events/study/agroecological-europe-2050-multifunctional-agriculture-healthy-eating
(12) https://eatforum.org/eat-lancet-commission/
(13) http://awsassets.wwfdk.panda.org/downloads/wwf_soy_report_final_jan_19.pdf


Participons aux mobilisations !

Action unitaire pour le climat et la justice sociale les 20 et 21 septembre - 60 organisations, dont Solidaires, lancent un appel à se mobiliser massivement (un préavis de grève permet à chacun·e de participer aux manifestations)

Signons et relayons l’Appel des coquelicots visant les pesticides de synthèse, déjà 800 000 signatures !


12 septembre 2019, branche INRA de SUD-Recherche EPST.

Navigation

AgendaTous les événements