INRA : Retour SUD du Conseil d’Administration du 7 juin 2018

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Nous n’avions pas participé à la dernière réunion du Conseil d’Administration tenue le 22 mars, pour raison de mobilisation sociale ce jour en défense des services publics.

Cette réunion de juin se tient au moment où le dossier glyphosate revient sur le devant de l’actualité. Autre sujet abordé à cette rencontre, le suivi du contrat (léonin !) d’objectifs et de performance...

en pièce jointe, les notes SUD pour lecture et impression

ODJ du CA de juin 2018

- Approbation du procès-verbal du CA du 22 mars dernier

- Actualité de l’INRA (par le PDG)

- INRA-IRSTEA

- Bilan 2017 du COP (contrat d’objectifs et de performance)

- Comptes consolidés 2017 (délibération)

- Projet du rapport d’activé 2017 (délibération)

- Prises de participation de l’INRA dans la JEI SERAF (délibération)

Intervention SUD sur l’actualité glyphosate

Sur le rejet par l’Assemblée Nationale de l’interdiction du Glyphosate dans 3 ans, nous exprimons notre profonde déception. Est-elle partagée par la Direction Générale ? Dans le dossier mis en ligne par l’INRA le 23 mai dernier sur le portail grand-public, nous lisons : « On peut appréhender l’interdiction du glyphosate comme un déclencheur de changement. Pour tous les pesticides de synthèse, qui ont, de par leur efficacité, un impact fort sur le milieu, la problématique est la même : tant qu’on ne les interdit pas, ou qu’on les substitue entre eux, on n’induit pas de changement profond. »

Si à l’automne dernier les Etats Généraux de l’Alimentation avaient pu susciter des espoirs, la loi agriculture et alimentation les éteint en grande partie, continuant la cogestion avec les partenaires économiques au détriment des alertes pressantes qui appellent pourtant des changements majeurs.

Ainsi les derniers chiffres de la consommation de pesticides en France viennent de tomber et ils sont catastrophiques : d’après Eurostat (outil statistique de la Commission européenne) la France en 2016 a consommé 66 000 tonnes de pesticides, environ 10 000 tonnes de plus qu’en 2011. Alors même que la SAU en AB progressant de 3 à 6.7% celle-ci aurait dû mécaniquement entrainer une baisse.
Nous avons pu également écouter les réponses que l’Institut a apportées à la commission sur l’alimentation industrielle de l’Assemblée Nationale. Nous entendons la volonté de la Direction Générale de s’engager dans la transition vers l’agroécologie, mais nous entendons aussi le déphasage entre le temps long scientifique et la multitude des risques à évaluer, entre la prudente posture d’expert de l’Inra et l’urgence de positions claires sur les choix offerts aux décideurs publics, non seulement sur les pesticides mais aussi sur les contaminants alimentaires.

Intervention Sud concernant le contrat d’objectifs et de performance

Sachant que notre syndicat s’est toujours opposé au COP qui est un engagement unilatéral de l’INRA envers des Ministères qui ne mettent aucun moyen en face :

Concernant l’axe 3, l’année passée le bilan du COP et le rapport d’activité mettaient en avant l’innovation et le transfert, avec une vision excessivement capitaliste de protection industrielle et de rentabilisation des travaux de la recherche. Le présent bilan est de ce point de vue plus nuancé. Nous ne sommes pas hostiles par principe à l’innovation, encore faut-il qu’elle serve l’intérêt général puisque c’est notre mandat d’institut public. C’est une chose que la valorisation des produits de cette recherche ne soit mesurée et encouragée qu’à l’aune du nombre de brevets ou de créations d’entreprises. Comment l’Institut évalue-t-il une innovation sociétale visant au contraire la sobriété, l’économie de coûts en matière de santé ou d’environnement ? Comment s’assurer qu’une innovation puisse être incrémentée, recyclée gratuitement pour de nouvelles productions d’idées, enjeu important notamment en sélection ?
Toujours sur l’innovation et le transfert, nous dénonçons une fois de plus la logique de mille-feuilles et de contrôle multiple exercé par les agences ou les instituts Carnot. Aujourd’hui notre capacité à instruire les contrats est en pleine implosion, faute de moyens humains suffisants et faute surtout à une mécanique devenue ubuesque.

Concernant l’axe 6, le bilan nous paraît excessivement optimiste pour tout ce qui concerne le déploiement d’outils nationaux à des fins de rationalisation et d’efficacité des services d’appui. N’oublions pas que tous ces projets se déploient sur des services déjà durement touchés par le sous-effectif chronique, la diversification et la complexification des tâches. Il est dès lors très difficile pour eux de mobiliser de nouvelles ressources, fût-ce en vue d’une économie future de travail. De ce point de vue, recourir à une expertise de CCHSCT du projet GeFi après maintenant 2 ans d’exploitation catastrophique n’est pas dans l’ordre des choses. J’entends déjà des grincements sur le futur outil de gestion des temps : faiblesse de la formation, calendrier contraint… allons-nous répéter les mêmes erreurs ?

J’en terminerai avec la question de la qualité de vie au travail, qu’il me paraît pertinent de connecter avec la question du changement. Votre bilan me paraît encore une fois bien optimiste. Vous parlez de dispositif, d’adaptation, de ressources… comme si nous n’avions pas de réelles difficultés à évaluer et prévenir les risques psycho-sociaux, par exemple, ou à entretenir un sentiment d’appartenance à l’échelon de l’institut, cf l’enquête IFOP de 2017. Le paysage de la recherche, de la fonction publique, et même du travail, évoluent à une vitesse que beaucoup ne peuvent plus absorber. Si les changements apportaient une plus-value et un progrès pour les collègues, il n’y aurait pas besoin d’accompagnement au changement. Voyez l’exemple du télétravail. Depuis plusieurs années, aucun bénéfice n’est attendu des réformes successives inspirées par une politique d’austérité toujours croissante, qui oblige les collectifs à faire toujours plus avec toujours moins.